Le sel de potassium, ce geste anti-tension oublié
Moins de 6 % des Américains utilisent un sel de potassium, même ceux dont l'hypertension résiste au traitement. L'American Heart Association parle d'occasion manquée pour le cœur.
L'hypertension touche environ 17 millions d'adultes en France, et la plupart salent leurs plats avec le même sel que leurs parents. Une nouvelle analyse de l'American Heart Association, présentée aux Hypertension Scientific Sessions 2025, montre que moins de 6 % des adultes américains utilisent un sel de potassium. Même parmi ceux dont la tension résiste aux médicaments, l'usage dépasse à peine 10 %. Côté français, les données sont rares, mais les cardiologues parlent du même oubli.
Chiffre : Seuls 2,5 % des adultes américains déclaraient utiliser un sel de substitution en 2017-2020, contre 5,4 % en 2013-2014.
Ce chiffre interpelle. Le sel enrichi en potassium coûte quelques euros au supermarché, se trouve facilement, et a un goût salé proche du sel de table. L'équipe de UT Southwestern parle d'une occasion manquée pour la prévention des AVC et des infarctus. Alors de quoi parle-t-on exactement, qui peut en profiter, et qui doit l'éviter ?
Ce qu'est vraiment un sel de substitution
Un sel de potassium remplace une partie du sodium du sel de table classique par du chlorure de potassium. Certaines marques suppriment tout le sodium, d'autres le réduisent de moitié. Le goût reste salé grâce au potassium. Attention quand même : en cuisson longue dans une soupe ou une sauce, il peut développer une légère amertume.
La logique biologique est simple. Trop de sodium fait monter la tension en retenant de l'eau dans la circulation sanguine. Le potassium fait l'inverse : il aide les reins à éliminer le sodium et détend la paroi des vaisseaux. La plupart des gens ont trop de sodium et pas assez de potassium dans leur assiette. Remplacer l'un par l'autre pousse les deux chiffres dans le bon sens.
À retenir : Le sel de potassium remplace du sodium par un minéral dont on manque. Ce simple échange peut faire baisser la tension sans changer le reste de l'alimentation.
Pourquoi l'étude AHA interroge
Les chercheurs ont analysé presque vingt ans de données NHANES, l'enquête nutritionnelle américaine, de 2003 à début 2020. L'usage n'a jamais franchi les 6 % dans la population générale. Chez les personnes avec une hypertension non traitée, celles qui auraient le plus à gagner, l'adoption reste sous les 6 % aussi.
Le constat traverse tous les niveaux de revenu et d'éducation. Les personnes qui mangent au restaurant trois fois par semaine ou plus utilisent un peu moins le sel de potassium à la maison, ce qui se comprend : si la majorité du sodium vient des plats préparés et de la restauration, changer la salière de la cuisine ne pèse pas lourd. Mais pour ceux qui cuisinent chez eux et surveillent leur tension, l'outil restait tout simplement inutilisé.
Ce que ça peut changer
L'AHA recommande de ne pas dépasser 2 300 mg de sodium par jour, avec un objectif de 1 500 mg pour les adultes hypertendus. En France, l'ANSES vise 5 g de sel quotidiens, soit environ 2 000 mg de sodium. Réduire son apport de 1 000 mg par jour suffit à faire baisser la tension de façon mesurable chez beaucoup de gens. L'essai chinois SSaSS publié en 2021 a montré qu'un sel composé à 75 % de sodium et 25 % de potassium réduisait le risque d'AVC de 14 % et la mortalité cardiovasculaire de 13 % sur cinq ans.
À retenir : La recherche suggère que réduire le sodium d'environ 1 000 mg par jour fait baisser la tension de façon significative. Le sel de potassium rend cette réduction plus facile qu'une simple discipline.
Personne ne prétend qu'un sel de substitution remplace un traitement ou une vraie réforme alimentaire. Mais à côté des leviers habituels, comme manger plus de fibres, limiter les aliments ultra-transformés, et privilégier la qualité des aliments plutôt que le ratio de macros, c'est l'un des gestes les moins coûteux à mettre en place.
Quand il vaut mieux s'abstenir
Le potassium n'est pas sans risque pour tout le monde. Les reins affaiblis ont du mal à l'éliminer, et un taux sanguin trop haut peut provoquer des troubles du rythme cardiaque dangereux. Certains traitements anti-hypertenseurs comme les IEC, les sartans ou les diurétiques épargneurs de potassium augmentent déjà ce taux. Ajouter un sel enrichi peut faire grimper la balance trop haut.
Si vous êtes dans l'un de ces cas, parlez-en à votre médecin avant de changer de salière. Une simple prise de sang permet de vérifier que les reins suivent, et la plupart des médecins acceptent volontiers d'en discuter car les risques d'une erreur sont réels.
Comment rendre le changement durable
La vérité, c'est que l'essentiel du sodium ne vient pas de la salière. Il se cache dans le pain, la charcuterie, les soupes en brique, les sauces, le fromage et à peu près tout ce qui a le mot "pratique" sur l'étiquette. Le sel de potassium aide à la maison, mais lire les étiquettes change plus vite la donne. Visez des produits avec moins de 140 mg de sodium par portion quand c'est possible.
Suivre son sodium en même temps que ses macros habituelles pendant deux semaines suffit souvent à repérer les vrais coupables. La plupart des gens sont surpris de voir qu'ils viennent de trois ou quatre aliments de base consommés tous les jours. Une fois la source identifiée, les petits ajustements s'accumulent, et le sel de potassium devient un outil parmi d'autres au lieu de porter toute la stratégie.
-- Selena
Sources
- Hardly anyone uses this surprisingly simple blood pressure fix — ScienceDaily / American Heart Association
- Effect of Salt Substitution on Cardiovascular Events and Death (SSaSS trial) — New England Journal of Medicine, 2021
- Réduction des apports en sel dans la population — ANSES
FAQ
Qu'est-ce qu'un sel de potassium ?
Un sel de potassium, ou sel de substitution, remplace une partie ou la totalité du sodium du sel de table par du chlorure de potassium. Le goût reste salé. Utilisé régulièrement à la maison, il réduit l'apport en sodium, ce qui peut contribuer à baisser la tension artérielle.
Qui doit éviter le sel de potassium ?
Les personnes atteintes d'insuffisance rénale chronique, d'insuffisance cardiaque, ou qui prennent des IEC, des sartans ou des diurétiques épargneurs de potassium doivent consulter un médecin avant de l'utiliser. Des reins affaiblis peinent à éliminer l'excès de potassium, ce qui peut déclencher des troubles du rythme.
De combien le sel de potassium fait-il baisser la tension ?
Les essais cliniques suggèrent qu'un passage au sel enrichi en potassium peut réduire la tension systolique de 3 à 5 mmHg chez les adultes hypertendus. L'essai SSaSS de 2021 a aussi rapporté une réduction du risque d'AVC de 14 % sur cinq ans.
Le goût est-il différent ?
La plupart des gens trouvent le goût proche du sel classique, surtout sur des plats froids ou ajouté à table. Chauffé longtemps, le chlorure de potassium peut révéler une légère amertume ou une note métallique. D'où l'astuce des chefs : l'ajouter en fin de cuisson plutôt qu'au début.
Le sel de potassium suffit-il à lui seul ?
Probablement pas. Dans l'alimentation moderne, l'essentiel du sodium vient des produits transformés et de la restauration, pas de la salière maison. Le sel de substitution est surtout efficace combiné à la lecture des étiquettes, à davantage de plats cuisinés maison, et au suivi du sodium en plus des macros habituels.